Comme vous pouvez l’apercevoir sur la photo, la construction a beaucoup progressée depuis notre dernier billet. Les pignons des murs extérieurs ont été achevés et des ouvertures dédiées à la ventilation et à la luminosité ont été intégrées dans la partie supérieure afin d’évacuer la chaleur et d’empêcher que les chauves-souris prennent domicile dans l’entre-toit. À l’intérieur du bâtiment, les murs ont été complétés, même que les cadres de portes intérieurs ont été posés. Une vaste galerie a aussi été coulée, comme les colonnes qui supporteront le toit qui abritera les gens qui patienteront à l’extérieur. Les prochaines étapes de construction seront: la pose de la charpente du toit, l’installation des feuilles de tôle (toit), la pose des portes extérieures, l’application de l’enduit de ciment à l’intérieur et à l’extérieur et l’installation du faux-plafond.

Plusieurs faits cocasses sont survenus au chantier dans les dernières semaines. À titre d’exemple, les personnes que nous n’avons pas l’habitude de retrouver sur les chantiers : les jeunes enfants. Ainsi, nous étions tout à fait ébahi d’apercevoir un bébé dans une couchette de fortune - qui s’agissait en fait d’un bac à mortier - qui dormait sans crainte à l’ombre d’un mur du dispensaire, tout comme de voir cette jeune fille, imitant sa mère, qui transportait de la terre à remblais sur sa tête. Et croyez-moi que le sentiment de culpabilité n’était pas loin, nous qui étions en train de la prendre en photo au lieu de travailler! En effet, nos deux cultures sont parfois si éloignées que la gestion de l’inconfort fait désormais partie de notre vie béninoise.

Au-delà du chantier

Durant les dernières semaines, notre tête a été davantage sollicitée que nos bras. En effet, nous avons quelque peu délaissé le chantier pour nous consacrer à la gestion de sa construction. Nous avons dû nous rendre deux fois à Cotonou afin d’échanger avec l’entrepreneur et de choisir les matériaux requis pour les travaux de finition.

Les voyages en autobus vers la capitale économique sont toujours une aventure en soit. La route hasardeuse ainsi que les arrêts fréquents sans raison valable, comme par exemple les achats à des vendeurs de pacotilles au bord de la route, contribuent à rendre ce périple imprévisible. De plus, lorsque la surcharge est tolérée, il peut y avoir plus d’une vingtaine de passagers dans l’allée centrale, soit assis sur des bagages ou carrément debout, et ce pendant tout le trajet d’une durée de 4 heures (quand tout va bien!). Il n’y a pas à dire, dans ces moments, on se sent proche du peuple béninois!! Si on ajoute à cela la chaleur ardente et le volume de la radio qui est à plein régime, le mot inconfort prend tout son sens, comme en témoigne les gueules exténuées de Sébastien et Nicolas.

À notre arrivée à Cotonou, nous avons rapidement été confrontés aux désagréments urbains. En effet, lorsqu’on part de Savalou, dont le paysage est composé de collines verdoyantes et où l’air est pur, et que l’on débarque à Cotonou, c’est un choc assuré. Au-dessus de cette ville flotte en permanence une couche de fumée d’une teinte bleutée. Cette pollution est due à l’énorme taux d’utilisation de l’essence frelatée en provenance du pays voisin, le Nigéria. Pour économiser quelques sous, les gens n’hésitent pas à abreuver leur engin à partir de cette essence de piètre qualité.

Au centre-ville, la circulation est extrêmement chaotique. Le trafic dense est composé d’une multitude de moyen de transport se partageant tant bien que mal chaque centimètre de pavé. Les usagers de la route ne font preuve d’aucune courtoisie les uns envers les autres. C’est la loi de la jungle! Le plus gros a la priorité et il avance sans se soucier de ceux qui se trouvent sur son chemin. Toutefois, le plus petit profite de son agilité pour se faufiler à travers ses rivaux. Admirez le résultat lorsque tous ces enragés du volant arrivent à un rond point.

Nos semaines sont extrêmement chargées et nos temps libres sont aussitôt meublés. Il y a tellement de choses à voir que l’on a l’impression de manquer de temps. La semaine dernière, nous avons finalement fait l’ascension de la montagne de Savalou, chose qu’on souhaitait faire depuis notre arrivée. Nous avons fait fi de toutes les mises en garde de Savalois quant à sa faune. La majorité des gens croient à tord ou à raison qu’il y a énormément de serpents dans la montagne et qu’il vaut mieux la gravir dans la saison sèche. Toutefois, afin de profiter du décor de la forêt encore luxuriante, nous avons tenté l’aventure en compagnie d’un ami béninois qui connait l’endroit. Ce dernier nous a guidé dans un sentier débroussaillé nous menant jusqu’à un lieu de prière au sommet de la montagne. Intrigués par notre présence, deux gamins nous ont suivis, pieds nus, à travers les roches escarpées. Il n’y a aucun doute, ils ne sont pas à leur première randonnée. Là-haut, le coup d’œil est magnifique et rassurez-vous : aucun serpent ne nous a attaqué!

Parmi les moments cocasses des derniers jours, notons la fois où, pour nous désaltérer sous la chaleur accablante, nous sommes partis à la recherche d’un endroit pour prendre une bière. Nous avons donc demandé à plusieurs passants où se trouvait la buvette la plus proche, et tous nous ont dirigés au même endroit. Nous croyions avoir été mal compris, car il s’agissait en fait d’un atelier de couture. Par curiosité, nous avons tout de même décidé d’y entrer. Une fois arrivés sur place, nous avons constaté qu’il y avait quelques antiquités servant de machines à coudre, et nous remarquons la présence d’un … singe! C’était un jeune singe que son propriétaire avait découvert dans la montagne. Nous étions sur le point de partir, après avoir joué avec lui pendant quelques temps, lorsqu’on s’est rappelé l’objet de notre visite. Nous avons donc demandé au jeune homme où nous pouvions trouver de la bière. Il nous a répondu : « Mais ici! » Il s’agissait donc d’un atelier de couture qui disposait aussi d’un frigidaire à bière et d’un singe. Malheureusement, ce dernier n’assurait pas le service!

Un conteneur, de Québec à Savalou

En juillet dernier, un conteneur quittait le port de Québec à bord d’un grand bateau. Depuis quelques années déjà, le PRÉCI fait affaire avec Collaboration Santé Internationale (CSI), un organisme à but non lucratif de Québec qui est spécialisé dans l’envoi de conteneurs dans une optique de développement international. D’ordre général, ceux-ci sont remplis de dons pour les populations défavorisées : lits, tables d’examen, chaises roulantes, classeurs, matelas, fournitures médicales en tout genre et médicaments.

Grâce à CSI, nous avons la chance de pouvoir meubler et fournir notre dispensaire à moindre coût. Sans eux, nous aurions eu à prendre une décision difficile : nous ne pouvions à la fois construire et approvisionner un dispensaire de cette taille. CSI nous offrait également la possibilité de mettre dans le conteneur du matériel et des effets personnels. Suite à un appel à tous, nous avons obtenus de nos familles, amis et connaissances d’autres dons, tels jouets, livres, outils, draps et produits de l’érable. Tout cela a été chargé dans le conteneur quelques jours avant son départ.

Nous sommes heureux de vous annoncer que le tout est arrivé à Savalou le jeudi 4 octobre dernier. En moins d’une heure, avec l’aide de la population de N’gbehan, le contenu a été déchargé et entreposé dans un bâtiment près de notre chantier. Nous avions consulté la liste du contenu, mais de pouvoir enfin le voir de nos propres yeux fut toute une surprise! Dans l’ensemble, on peut constater que le dispensaire sera très bien équipé et que du matériel et médicaments pourront même être offerts à d’autres organismes béninois.

D’après la liste du matériel envoyé dans le conteneur, nous nous attendions à recevoir des boîtes de biscuits vitaminés pour enfants. À la place, nous avons reçu des boîtes de barres tendres aux dattes et yogourt. Et pas seulement quelques boîtes : il y en avait deux palettes, soit près de 7000 barres ! Nous sommes loin des biscuits vitaminés : ça ressemble plus à un dessert, et les béninois ne sont pas habitués à consommer du sucre. Nous devrons donc trouver un moyen de distribuer ces boîtes, tout comme les autres items qui ne seront pas utilisés par notre dispensaire. Cette distribution sera effectuée par l’Abbé Maximin et le comité de gestion du dispensaire qui s’assureront que cette tâche soit réalisée de façon juste et équitable.

Cela aura pris près de deux mois et demi avant que le conteneur ne se rende à bon port. Les démarches afin d’obtenir l’exonération des frais de douanes auront pris presque autant de temps. À notre arrivée à Cotonou au mois d’août, nous avons nous-mêmes rencontré le directeur de cabinet du Ministre de la santé afin de faire avancer le dossier. La bureaucratie ne nous a pas laissé beaucoup de chance. Nous désirons remercier ardemment Mme Aho et Nicole de SYTO Bénin, qui ont suivi le dossier de l’exonération avec rigueur et sérieux pendant si longtemps. Sans eux, le conteneur serait probablement encore au port.

Visites chez le vulcanisateur

Tout au long de notre séjour au Bénin, nous avons dû faire face à des situations que nous pouvons qualifier de frustrantes. L’une d’entre elles implique principalement Gabriel et son vélo. Laissons-lui le soin de vous raconter…

La première crevaison d’un pneu de ma bicyclette a eu lieu dès nos premiers jours à Savalou. A donc suivi notre première visite chez le vulcanisateur, c’est-à-dire le réparateur de pneus. Les vulcanisateurs sont au Bénin ce que les dépanneurs sont au Québec : il y en a à presque tous les coins de rues ! Vu la quantité de motos en circulation, et la piètre qualité des routes bitumées (quand elles le sont), il va sans dire que les crevaisons sont assez fréquentes… Les vulcanisateurs sont installés au bord des voies, avec leur compresseur, leur petit feu de bois et leurs bouts de caoutchouc. Tout le nécessaire pour réparer et gonfler quoi !

Mon vélo réparé, je recommence à rouler… jusqu’au jeudi 20 septembre. À notre retour d’une cahoteuse randonnée dans la colline, je m’aperçois que mon pneu arrière est - de nouveau - dégonflé. Vendredi matin, Sébastien m’accompagne donc chez le vulcanisateur, qui ne répare pas seulement une, mais deux fuites dans la chambre à air de mon pneu arrière. Le vélo réparé, nous partons enfin vers le chantier. Malheur pourtant nous attend sur la route : arrivés au dernier village avant le chantier, N’gbehan, nous constatons avec horreur que mon pneu est de nouveau dégonflé ! Trop découragés pour virer de bord, nous finissons la route jusqu’au chantier à pied. En fin de journée, mon vélo se retrouve donc, les roues en l’air, serré entre moi et le chef maçon sur sa moto. Le trajet fut fort heureusement assez court. Bientôt nous nous retrouvons chez le vulcanisateur du village de Covedji, et Charles et Sébastien nous rejoignent bientôt.

Assis candidement sur le banc de bois du vulcanisateur du village (pendant qu’il répare mes deux nouvelles fuites), nous attirons bien sûr les regards. Et, semble-t-il, tous les enfants du village ! Après à peine deux minutes, la petite hutte du vulcanisateur est envahie d’une horde d’enfant qui nous dévisage avec intérêt. Sébastien décide donc de sortir son appareil photo afin d’immortaliser ce moment. Comme la plupart des enfants que nous avons rencontrés jusqu’à présent au Bénin, ceux-ci s’empressent de se placer devant l’objectif ! Mais bientôt mon vélo est réparé (pour la seconde fois cette même journée), et nous devons quitter nos nouveaux amis… Mais comme nous passons chaque matin par cette route, nous savons que nous les reverrons.

Samedi matin, nous nous apprêtons à quitter pour le chantier. En embarquant sur mon vélo, je suis stupéfait de remarquer (vraiment ?) que mon pneu s’affaisse de moitié sous mon poids. Nicolas et Sébastien m’accompagneront donc pour ma troisième visite en deux jours chez un vulcanisateur. Cette fois-ci, une seule fuite. Ça en fait six au total. Le reste de la journée se déroule bien, mon pneu tient bon. Mais les paris vont bon train : à quand la prochaine crevaison ?

Fins de semaine chargées

Côté touristique, une activité nous a particulièrement marqué: Ganvié. C’est le 28 septembre dernier que nous partions faire une petite excursion sur le lac Nokoué, situé près de Cotonou, afin d’y découvrir la cité lacustre de Ganvié. Entièrement construite sur l’eau, Ganvié est couramment surnommée la Venise de l’Afrique de l’Ouest. Ainsi, les habitations, commerces, hôtels et établissements de services publics sont construits sur pilotis à deux mètres de la surface de l’eau. Imaginez vous déplacer à chaque jour en barque, avec ou sans voile, pour vous rendre à l’école ou aller vous faire soigner! C’est bien ce que font quotidiennement les quelques 30 000 béninois qui y résident. Et c’est ce que nous avons eu le plaisir de faire pendant une petite heure en tant que parfaits touristes!

Pour les curieux qui se demandent comme des milliers de personnes ont décidé et ont pu s’établir au milieu d’un lac de plusieurs centaines de mètres carré, la réponse est que ces gens fuyaient les « chasseurs d’esclaves » lors de la malheureusement période de la traite négrière. Pour leur échapper, ils construisirent peu à peu des habitations sur le lac et ainsi se servir avantageusement de cette barrière naturelle. Futés ces béninois !